Ecrire pour rien

To blog or not to blog. Cette ques­tion je me la suis posée plus d’une fois. Et je n’y ai jamais vrai­ment répondu, tant elle s’est trans­for­mée presque tou­jours en une autre ques­tion, quand blo­guer, à pro­pos de quoi blo­guer, pour qui blo­guer, fond ou forme, genre ou pas genre, spé­cia­lisé ou non, etc.
Et puis, j’ai cessé de me la poser et j’ai com­mencé à écrire pour per­sonne. A jeter les mots dans un espace tel­le­ment grand sans en faire aucune pub, l’exercice se trans­for­mant pro­gres­si­ve­ment en une ten­ta­tive de fixer des infor­ma­tions, sou­vent, des idées, quelques fois, quelque part. Et même ça c’est encore trop orga­nisé et je devrais pour­suivre ma logique et bien­tôt jeter des signes à peine com­pré­hen­sibles même par moi comme on pisse dans un océan, c’est à dire avec la volupté aris­to­cra­tique de quelqu’un qui fait les choses pour rien mais qui les fait quand même.

L’écriture est un exer­cice irré­gu­lier et non mesu­rable. On est au delà de la mesure, et donc au delà même d’une contre­par­tie aux formes figées et définitives.

Pen­sez si j’ai songé un seul ins­tant à être rému­néré pour pis­ser des touches sur un blog.

Il en est pour­tant qui y pensent. Et qui l’écrivent.

Thierry Crou­zet par exemple, expert de rien mais néan­moins auteur du Peuple des connec­teurs et autres ouvrages remar­qués, pas mal­ha­bile de sa plume, entame le débat dans un billet qu’on sent excédé et rêve haut d’une société où l’auteur en ligne ne gagne­rait pas moins qu’un écri­vain, s’insurge contre le fait

qu’un mar­ke­teux andouille réus­sisse à tirer pro­fit de son blog alors qu’un pen­seur n’y arrive pas

et de s’exclamer

Vous trou­vez cette situa­tion nor­male ? Les des­truc­teurs de notre monde gagnent et pas ceux qui pensent son ave­nir et cherchent à y écrire ce qui se lira demain.

J’aime bien ces colères, ces accès brusques de luci­dité. Mais enfin… Y croit-on un seul instant ?

L’écrit est je crois condamné. Vola­ti­lisé vers d’autres expres­sions, plus immé­diates et plus uni­ver­selles.
C’est comme ça.
A l’heure de TED, des ani­ma­tions flash, de l’IPAD, de la chan­son à 99c sur Itunes, l’écrit va de plus en plus res­sem­bler à un truc de vieux con.
(Et la photo aussi, cer­tai­ne­ment. Bigre.)
Que des mil­lions écrivent et éditent leurs écrits par la grâce du net ça ne fera que dés­équi­li­brer encore plus la balance de l’offre et de la demande.

La vie est mou­ve­ment depuis un siècle. Elle va l’être encore et encore
Les consom­ma­teurs d’idée ou d’expressions vont se tour­ner de plus en plus vers des formes de créa­tion plus vivantes et plus inter­ac­tives.
Peut-être même plus enri­chis­santes, soyons généreux.

Les agi­ta­teurs d’idées vont devoir trou­ver les moyens de les dif­fu­ser le plus effi­ca­ce­ment pos­sible. Je ne suis pas cer­tain que l’expression écrite soit la réponse indi­quée.
L’écrit va se déta­cher de la sphère publique et va per­sis­ter comme moyen soli­taire le plus évolué pour struc­tu­rer ses idées et orga­ni­ser sa pen­sée, pour un temps encore.
Et c’est tout.
Des zozos certes, trou­ve­ront encore le moyen de tirer de la thune ci et là, en sur­fant sur les attentes mar­ke­ting d’une clien­tèle accro­chée à ces ras­su­rants signes exté­rieurs d’intellectualité mais bon.
Fini, tout ça.

Lire égale­ment la réponse faite par Nono­vi­sion et qui se conclut par ces lignes :

Sachez qu’il (ce billet) compte plus de 43.000 signes, ce qui repré­sente plus de 28 feuillets selon les usages comp­tables de la presse, qui devraient être rému­né­rés, au tarif syn­di­cal de la pige, plus 1.800 euros par un quo­ti­dien natio­nal et près de 1.500 euros par un heb­do­ma­daire national.

Ce billet cor­res­pond, en volume, à envi­ron 23 pages d’un livre au for­mat de poche, édité avec une taille des carac­tères cou­rante. Je vous laisse esti­mer com­bien ça pour­rait être payé.

Et vous ?

Com­bien estimez-vous que ce billet peut valoir, en tenant compte du fait qu’il m’a demandé depuis ce matin près d’une quin­zaine d’heures de tra­vail de recherche, rédac­tion et cor­rec­tion (encore impar­faite, j’en conviens), et qu’il n’aurait pas été pos­sible sans le capi­tal de connais­sances et de réfé­rences que j’ai pu accu­mu­ler sur ce sujet par le tra­vail de veille, de réflexion et d’écriture que je mène sur ce sujet depuis plu­sieurs années ?

Vous m’enverrez le mon­tant de la somme en copie.

posté le : 10 March 9
catégorie: Société
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2 Responses to “Ecrire pour rien”

  1. murnau says:

    EH ben, tu te déchaînes :) )
    Moi , je te lis…
    Eton­nant, non?!

  2. arslan says:

    Tu fais bien de me le dire …
    Mes agents de recou­vre­ment sont déjà sur tes traces IP.
    :-)

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